Charles Perroud - lettre ouverte

Lettre ouverte du 11 mars 2010

 

50 ans plus tard, elle n’en vaut toujours pas la peine.

 

Il y a  50 ans aujourd'hui qu'Ernest Côté était exécuté pour le meurtre d'un gérant de banque, Alexander Heron, lors d'un vol à main armée. Il est le dernier Québécois à avoir subi ce sort. Un demi-siècle plus tard, un récent sondage Angus Reid démontrait qu'une proportion de 69% de Québécois se disait en faveur du retour de la peine de mort au pays. Bien que ce sondage traduise une préoccupation tout à fait légitime de la population de vouloir obtenir justice et de pouvoir se sentir en sécurité, il faudrait faire très attention de ne pas oublier les deux raisons ayant amené le gouvernement canadien à abolir la peine capitale le 14 juillet 1976. D’abord, un risque important d'erreurs judiciaires a toujours existé. A l’époque et tout autant de nos jours, ca ne pardonne pas. Ensuite la peine de mort n’a pas d’effet dissuasif et ne procure donc qu'un faux sentiment de sécurité.

 

Nos élus canadiens de l'époque ont amendé la loi pour s'assurer de ne pas commettre l'erreur ultime et irréversible. Les histoires de Donald Marshall Jr., David Milgaard, Romeo Phillion et Steven Truscott, ce dernier innocenté en 2007 près de 50 ans plus tard, ne sont que quelques-unes des erreurs, des cas d'innocence prouvés par la suite, qui les ont amenés à le faire. Sans compter les doutes qui persistent toujours dans l’affaire de Wilbert Coffin.

 

Quant au présumé effet dissuasif de la peine de mort, de récentes études sont venues confirmer ce que le temps nous enseigne depuis son abolition au Canada, soit une baisse du taux d'homicides de 40%, c'est à dire que cet effet n'est qu'un mythe dans un sens comme dans l’autre. Près de nous au New Jersey, une diminution de 24% du taux d'homicides a été constatée en 2008, alors qu'on avait aboli la peine capitale en décembre 2007. Par ailleurs, une étude menée l’an dernier auprès des criminologues américains a conclu que 88% d'entre eux ne considèrent pas qu'il existe un lien mesurable entre l'application de la peine de mort et un effet dissuasif sur le taux de criminalité.

 

Mais l'étude la plus marquante est sans contredit celle publiée en décembre dernier, qui rapportait qu'une vaste majorité de chefs de police américains considère la peine capitale comme un boulet. En effet, ceux-ci la considèrent comme étant le moyen le moins rentable de combattre la criminalité. Ils ne croient pas qu'elle contribue à réduire le nombre d'homicides, pas plus que les meurtriers ne considèrent, pour la plupart, les conséquences possibles à leurs gestes ou le risque de se faire prendre tout court.

 

Cela dit, leur principal souci vient du fait que la peine de mort constitue le moyen le moins efficace de réduire les crimes violents. Les coûts faramineux qui y sont rattachés, 2 à 3 fois plus qu'une sentence à vie aux États-Unis, contrairement à la croyance populaire, viennent leur enlever les moyens d'œuvrer de manière efficace : plus d’effectifs à leur disposition, restreindre les abus de drogues, faciliter les poursuites judiciaires et assurer des emplois pour les plus démunis. Plusieurs États américains ont diminué substantiellement le recours à la peine de mort ou considèrent imiter le Nouveau-Mexique qui l’a aboli en mars 2009. Le gouverneur Bill Richardson avait cité les coûts et sa préoccupation d'exécuter des innocents comme étant les deux facteurs l'ayant amené à poser ce geste.

 

La justice est administrée par des humains, tous faillibles. Notre société ne peut donc pas se permettre de prendre appui sur un châtiment aussi irréversible. Soyons responsables : n’oublions pas notre histoire et surtout les faits et statistiques incontestables ci-haut mentionnés. Plutôt que de débattre de ce sujet, il vaudrait mieux d’abord profiter de cet anniversaire pour mieux saisir les enjeux de cette décision historique et mieux la comprendre collectivement. C’est également, un moyen d’assurer que notre société ait les moyens de rendre nos communautés plus sécuritaires pour nous et nos enfants.

 

 

Charles Perroud

Coordonnateur pour l'Abolition de la peine de mort

Amnistie internationale Canada francophone